28.12.2018

Publication

Revue le Moniteur des Travaux Publics et du Bâtiment n° 6009-60010

Article signé Marie-Douce Albert

 

Ronde diplomatique dans un jardin haïtien

 

Reconstruction –

Très endommagée lors du séisme de janvier 2010, l’ambassade française a dû être rebâtie.

Un matin de décembre 2010, les cinq équipes d’architectes qui visitaient, à Port-au-Prince, le site de l’ambassade de France, découvraient « un vide dans un lieu magnifique, un grand jardin à la végétation magique », raconte Benoît Le Thierry d’Ennequin, de l’agence Explorations Architecture. Plusieurs mois auparavant, le 12 janvier, un violent séisme avait frappé Haïti et causé la mort de plus de 300 000 personnes. Dans la capitale dévastée, de nombreux bâtiments s’étaient effondrés, en particulier le palais présidentiel. Tout près de là, l’hôtel Laroche, que la représentation diplomatique française occupait depuis 1960, avait été très endommagé. Il avait donc été décidé de raser l’ambassade, mais surtout de la reconstruire. La France avait choisi de rester dans ce quartier historique et populaire plutôt que de déménager, comme d’autres pays, dans des secteurs réputés plus sûrs. En mars 2011, l’équipe menée par Explorations remportait le concours avec un projet qui laissait la part aussi belle à l’architecture qu’au paysage, recomposé par l’agence D’ici là.

Motif de colonnade. Quelque huit années plus tard, le jardin de l’ambassade de France paraît toujours magique. Et au centre de ces grands ficus et flamboyants préservés, là où se dressait l’ancienne maison, se tient un anneau blanc et or. Un petit bâtiment – 1 200 m² Shon – qui, à son tour, encercle un bouquet de palmiers. Cette construction circulaire a un air de rotonde antique, une illusion renforcée par le traitement des ouvertures. Les panneaux anti-intrusion en métal déployé, tirant en fait plus sur le bronze que sur le doré clinquant et parfaitement calés sur les ouvertures de l’étage, créent comme un motif de colonnade.

Cette étonnante configuration circulaire est héritée de la première version du projet. La commande du ministère des Affaires étrangères, désireux de reloger de nombreux services, était ambitieuse. Explorations Architecture avait donc dessiné un plan en trois cercles. « Sur ce terrain dont la largeur varie, la forme ronde permettait de faire entrer les éléments du programme avec fluidité, expliquent les architectes Benoît Le Thierry d’Ennequin, Claudia Trovati, chef de projets au moment des études, et Marie Ferrari, qui a suivi le chantier. Mais à l’époque, dans un pays en ruine, il n’y avait aucun moyen de chiffrer ce projet. » Rattrapé par la réalité économique, le ministère a réduit son programme au point qu’un cercle unique suffit désormais à abriter, sur deux niveaux, les services de l’ambassade et du consulat. Une morphologie par ailleurs bien adaptée à une construction parasismique. En effet, les structures aux formes régulières et compactes résistent mieux aux effets de torsions.

La forme circulaire est bien adaptée à une construction parasismique.

« Casse-tête ». « Et puis, dans un édifice circulaire, il n’y a pas de mauvais bureau », assure Claudia Trovati. Cette absence d’angle mort permet au personnel de l’ambassade de jouir de belles vues sur le parc, mais aussi sur le patio. Dans ce cercle d’environ 5 m d’épaisseur, les bureaux sont traversants et ouvrent directement sur le jardin intérieur au rez-de-chaussée ou, à l’étage, sur une coursive. « Caler les différents espaces a été un vrai casse-tête », expliquent les architectes. Dans cette structure très réglée, les surfaces comprises entre chaque voile béton, dressé toutes les six baies extérieures, sont modulables. Les services ont dès lors été répartis selon un module de base d’environ 6 m² avec une fenêtre. Ainsi, un bureau individuel dispose de 13 m² et de deux fenêtres sur le parc tandis que la salle de réunion du rez-de-chaussée, qui occupe l’intégralité d’un espace entre deux voiles, mesure 40 m². Les modules simples sont, eux, réservés aux photocopieuses et autres équipements techniques.

Dans cet édifice aussi sobre par ses dimensions que par son absence de faste, la pièce la plus vaste, et sans doute la plus belle, est le jardin central. « Ce patio fait partie intégrante de la structure, souligne la paysagiste Claire Trapenard, cofondatrice de l’agence D’ici là. Et il est le salon de réception de l’ambassade. »

Les images sont là : Ronde diplomatique dans un jardin haïtien